Focus sur des jeux de société qui sollicitent l’imagination, stimulent et émerveillent autant les joueurs chevronnés que ceux du dimanche en famille

Les loups-garous de Thiercelieux

Thiercelieux était un petit village tranquille jusqu’à son invasion par une affreuse horde de Loups-Garous. Les villageois n’entendent pas se laisser dévorer sans résistance et organisent leur riposte : chacun mène l’enquête de son côté, tirant parti des avantages que lui confère sa position au sein de la communauté, afin de pouvoir mettre en commun leurs soupçons le soir venu et exécuter l’un des leurs, soupçonné d’être un démoniaque lycanthrope…

Vous incarnez ces villageois et les loups-garous. Votre rôle, connu de vous seul, est déterminé en début de partie par le hasard d’une carte piochée. Un conteur, essentiel pour créer l’ambiance oppressante de ce petit village autrefois paisible, fait s’alterner phases de jour durant lesquelles soupçons, accusations et défenses offusquées s’enchaînent jusqu’à l’élimination très arbitraire d’un des joueurs et phases de nuit, occasion pour les loups-garous survivants de se venger en dévorant l’un des villageois. La paix ne reviendra évidemment dans le village que lorsque les loups-garous auront été éliminés jusqu’au dernier ou seront devenus maîtres de ruines désertes.

Un jeu de société par excellence qui permet, dès lors que chacun joue le jeu et que le conteur tient son rôle de « metteur en scène » des parties dignes des procès les plus brûlants.
À noter : l’extension Nouvelle Lune avait apporté de nouveaux personnages, pouvoirs et concepts. Le Village, tout récemment sorti (et pas encore testé par nous) promet de renouveler en profondeur la façon de jouer tout en préservant semble-t-il ce qui fait l’essence des Loups-Garous de Thiercelieux.

Le poète a succès : Dixit

Jeu qui date de moins de deux ans, Dixit a pourtant déjà raflé les deux tiers des prix du meilleur jeu à travers le Monde. Le secret de cette réussite ? Un jeu aux règles simplissimes, accessible à tous et plein de poésie et dont les parties ne se ressemblent jamais. Il s’agit d’une adaptation d’un grand classique des jeux d’apéritif : le jeu du dictionnaire.

Pour rappel, dans ce jeu il s’agit pour chaque joueur de proposer une définition possible pour un mot préalablement choisi par un autre joueur qui soumet ensuite au vote les différentes propositions auxquelles s’ajoute la définition véritable. Les joueurs marquent ensuite des points pour avoir trouvé la bonne définition ou pour avoir proposé une définition suffisamment convaincante pour recueillir le vote d’autres joueurs.

Dans Dixit, le principe est comparable, à cette exception essentielle que les mots étranges ont été remplacés par des cartes illustrées (splendides). Le conteur (qui change a chaque tour) élabore à partir de l’une de ses cartes une proposition « poétique ». À charge de chaque joueur de choisir dans sa main une carte qui aurait pu illustrer cette proposition.

Proposition qui se doit d’être savamment dosée puisque le conteur sera pénalisé si aucun joueur ne parvient a identifier sa carte… mais aussi si tous y arrivent ! Excitant sur le papier mais plus encore après les premières parties, lorsque l’on commence a saisir l’essence du jeu et formuler des propositions adéquates, aux accents de dicton ou de sentence philosophique.

Beaucoup de jeux de société demandent un peu (ou beaucoup) de fantaisie et d’imagination pour « rentrer dedans » et prendre du plaisir à jouer, ce qui en limite l’accès au seuls « passionnés ». Les qualités intrinsèques de ces trois jeux qui sont la simplicité de leurs règles et les rouages émotionnels qu’ils activent dès les premiers instants les classent dans une tout autre catégorie : celle des jeux originaux, totalement dépaysant mais accessibles à tous, dont il serait dommage de se priver parce qu’ils n’appartiennent pas à la micro-ludothèque historique de la famille française (à l’inverse du scrabble, du monopoly, du pictionary et du trivial poursuit).

La source : Catane

Les Colons de Catane, devenu dans sa nouvelle version « Catane » est un jeu de Klaus Teuber, un des plus grands créateurs de jeux allemands qui a connu un succès planétaire dès sa sortie en 1995 (il s’en serait vendu 15 millions d’exemplaires jusqu’à aujourd’hui). C’est aussi un jeu qui a grandement contribué à faire entrer le jeu de société moderne (à l’allemande) dans nos ludothèques, remplaçant avantageusement nos vieux Monopoly et Puissance 4.

Dans Catane vous êtes à la tête d’un groupe de Colons qui débarque sur une île paradisiaque regorgeant de ressources naturelles et décidez de vous y installer, en construisant routes, chaumières et villes. Seulement voilà, d’autres navires ont accosté en même temps que vous et la concurrence pour la domination de l’île s’annonce impitoyable. En pratique, vous formez au début de chaque partie un plateau de jeu en forme d’île avec des tuiles représentant les différentes ressources naturelles : bois, argile, minerai… puis y disposez vos premières constructions. Les ressources produites au fil des tours, par les différents terrains adjacents à celles-ci, aux besoins échangés avec vos adversaires au terme d’âpres négociations vous permettront de vous développer peu à peu et peut-être de devenir le premier seigneur de Catane.

Mis à part le caractère aléatoire de la répartition des ressources (aux dés) qui rebutera les plus malchanceux, Catane réunit tous les ingrédients qui font les grands classiques : règles simples, géométrie variable du plateau, stratégie de placement, négociation… Et pour ceux qui trouveraient les parties un peu répétitives après la cinquantième, sachez qu’il existe de nombreuses extensions qui enrichissent considérablement le jeu de base.

Construire un monde : Carcassonne
Dans Carcassonne, pas de cartes, pas de dés, pas de plateau de jeu. À peine quelques pions et… des tuiles. Comme beaucoup de jeux incontournables, le principe de base du jeu est d’une grande simplicité mais offre des possibilités pour ainsi dire infinies.

Vous allez avec vos adversaires, construire en assemblant une à une des tuiles joliment illustrées un petit morceau de paysage médiéval. Celui-ci comprendra villes, routes, abbayes et prés à perte de vue.

Pour ce faire deux règles seulement : poser votre tuile piochée au hasard à côté d’une tuile déjà en jeu et respecter la concordance des tuiles adjacentes (un morceau de ville ne peut donner directement sur un champ, une route ne mène jamais nulle part…). Ensuite il ne vous reste plus qu’à placer stratégiquement vos partisans sur ce plateau en constante évolution pour amasser les points de victoire.
Bizarrement, même les joueurs les plus malchanceux se plaignent rarement de la pioche aléatoire des tuiles tant il est rare de ne pas pouvoir faire quelque chose de bien avec la plus mauvaise d’entre elles et tant est grande la poétique fascination qu’exerce sur nous ce monde en construction.

Là aussi, pour les amateurs de profondeur stratégique, des extensions ont été développées pour permettre d’augmenter la complexité d’un jeu qui vous procurera autant de plaisir entre joueurs aguerris qu’un dimanche pluvieux en compagnie de vos petits cousins.

Une « bêle » bête : la Guerre des Moutons

La Guerre des Moutons est le troisième jeu à l’honneur de cet article.

Comme dans Carcassonne, il s’agira de poser peu à peu des tuiles sur la table en les associant aux tuiles préalablement jouées. Mais cette fois pas de routes, de villages ou d’abbayes. Seulement des moutons de couleurs différentes, dans des enclos de taille variable. Comment gagner ? Avoir en fin de partie réussi à former l’enclos le plus peuplé. Mais gare au loup qui, placé dans une forêt attenante à votre pré, ne fera qu’une bouchée de vos ovins.

Par rapport à Carcassonne, le principe du jeu s’avère encore plus simple : pas de pions à poser, seulement des choix stratégiques dans le placement de vos tuiles. Cette perte apparente de diversité est largement compensée par une délicieuse part de bluff : la couleur de vos moutons est connue de vous seul en début de partie et ne sera révélée qu’au fil du jeu. À vous d’être suffisamment malin pour entraîner vos adversaires sur de fausses pistes, les incitant ainsi à jouer votre jeu et à construire votre enclos à votre place.

À noter : une très belle réalisation graphique de ce jeu facile d’accès, dont de nombreuses variantes de règles sont proposées sur le site du jeu, dont un mode en solo.

À très bientôt pour une partie au magasin !

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